13/04/2007 Extrait 2. Effet de miroir. 
Camino
« ¡ Qué de hojas han caído la noche pasada, Platero. Parece que los árboles han dado una vuelta y tienen la copa en el suelo y en el cielo las raíces, en un anhelo de sembrarse en él. Mira ese chopo : parece Lucía, la muchacha titiritera del circo, cuando, derramada la cabellera de fuego en la alfombra, levanta, unidas, sus finas piernas bellas, que alarga la malla gris.
Ahora, Platero, desde la desnudez de las ramas, los pájaros nos verán entre las hojas de oro, como nosotros los veíamos a ellos entre las jojas verdes, en la primavera. La canción suave que antes cantaron las hojas arriba, ¡ en qué seca oración arrastrada se ha tornado abajo !
¿ Ves el campo, Platero, todo lleno de hojas secas ? Cuando volvamos por aquí, el domingo que viene, no verás una sola. No sé dónde se mueren. Los pájaros, en su amor de la primavera, han debido decirles el secreto de ese morir bello y oculto, que no tendremos tú ni yo, Platero... »
Chemin
« Ah ! que de feuilles sont tombées cette nuit, Platero ! On dirait que les arbres ont pirouetté et qu’ils ont leur cime sur le sol et leurs racines dans le ciel, comme par une volonté irrésistible de s’y planter. Regarde ce peuplier, il ressemble à Lucie, l’équilibriste du cirque, quand, répandant sur le tapis sa chevelure de feu, elle dresse, jointes, ses belles jambes fines qu’allonge encore son maillot gris.
Maintenant, les oiseaux, Platero, depuis la nudité des branches, vont nous voir entre les feuilles d’or, comme nous les voyions, eux, parmi les feuilles vertes, au printemps. Cette chanson douce que les feuilles chantaient là-haut, quelle misérable prière est-elle devenue en bas !
Platero, vois-tu cette campagne toute remplie de feuilles mortes ? Quand nous reviendrons ici, dimanche prochain, tu n’en verras plus une seule. J’ignore où elles meurent. Les oiseaux, en leur amour du printemps, ont dû leur confier le secret de cette belle mort cachée, que toi et moi nous n’aurons pas, Platero… »
Juan Ramón Jiménez (1881-1958), Platero y yo (1907-1916), Traduction Claude Couffon.
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15/04/07 - 00:37
Très bel effet de miroir...
tron