NOS SOUVENIRS SONT COMME DES MOTS ARRACHÉS A L'OUBLI


09/03/2007

09/03/07 - 22:00

Métamorphose


« […] Alors, d’une voix pleine de douceur, le fils de Saturne parla en ces termes : “ Dites-nous, vieillard qui pratiques la justice, et toi, femme digne d’un époux ami de la justice, ce que vous souhaitez. ” Après avoir échangé quelques mots avec Baucis, Philémon fait part aux dieux du sort que, d’un commun accord, ils ont choisi : “ Etre vos prêtres et les gardiens de votre sanctuaire, telle est notre requête, et, puisque nous avons vécu toujours unis de cœur, faites que la même heure nous emporte, que jamais je ne voie le bûcher de mon épouse, et qu’elle n’ait pas non plus à m’ensevelir. ”
Leur souhaits furent suivis de réalisation. Ils eurent la garde du temple tant qu’il leu fut donné de vivre. Epuisés par les années et leur grand âge, un jour que, debout devant les degrés sacrés, ils contaient les aventures arrivées en ces lieux, Baucis vit Philémon se couvrir de feuillage, et le vieux Philémon vit le feuillage couvrir Baucis. Et, tandis que déjà, au-dessus de leurs deux visages, croissait une cime, ils échangeaient encore, tant qu’il leur fut possible de le faire, quelques poaroles : “ Adieu, ô mon époux ”, se dirent-ils ensemble ; et leurs bouches, ensemble, furent recouvertes et cachées par l’écorce. Aujourd’hui encore l’habitant de Cibyra montre en ce lieu des troncs voisins, nés de leurs deux corps. Cette histoire me fut contée par des vieillards véridiques, et qui m’avaient aucune raison de vouloir me tromper.»

Ovide, Les métamorphoses, Garnier Flammarion.

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