29/04/2007 Aujourd’hui, une respiration. Un… bol d’air.
28/04/2007 Suds
SUR
« Sur,
espejismo,
reflejo
Da lo mismo decir
estrella que naranja,
cauce que cielo.
¡ Oh la flecha,
la flecha !
El Sur
Es eso :
una flecha de oro,
sin blanco, sobre el viento ». »
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SUD
« Sud,
mirage,
reflet.
On peut dire aussi bien :
étoile ou orange,
canal ou ciel.
Ô la flèche,
la flèche !
voilà
le Sud :
une flèche d’or
sans but, sur le vent ! »
F. G. Lorca, Poemas sueltos, Traduction André Belamich
26/04/2007 Chemin vers la nudité
Michael Leonard Taking Off, 2002
graphite pencil on paper
8 3/8 x 7 1/4 inches
Nu
Michael Leonard, Bather With Intent (2003)
graphite pencil on paper
8 x 6 5/8 inches
23/04/2007 Voulez-vous danser ?
« Il m’a invité à danser sept fois de suite. Ça n’était pas bien grave : mes parents ne me quittaient pas des yeux. Cet imbécile n’avait pas la moindre idée de ce que pouvait être le rythme. En plus il transpirait des mains. Et j’avais une épingle, longue, longue, longue...»
Max Aub, Crimes exemplaires, Traduction Danièle Guibbert.
Sensualité
Michael Leonard, Against the Glass, 2001
graphite pencil on paper
9 1/4 x 7 3/8 inches
21/04/2007 La forme du plaisir
« Il est venu pour lire. Deux, trois livres
Sont ouverts : histoire, poésie…
Mais à peine a-t-il lu dix minutes
Qu’il abandonne. Il somnole
Sur le canapé. Il vit pour les livres,
Mais il a vingt-trois ans, il est d’une grande beauté
Et cette après-midi l’amour est passé
Sur sa chair parfaite, sur ses lèvres.
Sur sa chair toute de beauté,
La fièvre de l’amour est passée,
Sans ridicule pudeur quant à la forme du plaisir. »
Cavafy .
20/04/2007 Machado
« El sol es un globo de fuego,
la luna es un disco morado.
Una blanca paloma se posa
En el alto ciprés centenario.
Los cuadros de mirtos parecen
De marchito velludo empolvado
¡ El jardín y la tarde tranquila !...
Suena el agua en la fuente de mármol. »
Antonio Machado, Del Camino.
19/04/2007
« Un moment de colère raidit tout entier le corps de Querelle qui devint extrêmement beau, sa tête droite, ses épaules immobiles et tendues, ses fesses plus petites, ses hanches étroites […] Le pont déboutonné retombait sur ses cuisses comme un petit tablier d’enfant. Ses yeux brillèrent. »
Jean Genet, Querelle de Brest.
18/04/2007 Un sur de dioses rubios
« Ni vivir ni morir. ¿ Qué es lo que queda ?
Un bago sur allá ; cuerpo sin geografía.
El agua dulce de un sol que nadie ha visto,
y un mar que baña sólo risas sin tacto alguno.
Sumido en humo azul de atmósfera cerrada,
con olor a tabaco y a perfumes desechos
y artificiosas luces que niegan rostros o calle ;
calmado en un glaciar de ginebras trucadas,
la música te envuelve con mares de basalto,
y hay farol de papel y reinas de albayalde…
Ni vivir nin morir. ¿ Qué es lo que queda ?
La imposible añoranza de un sur de dioses rubios. »
Luis Antonio de Villena, Huir del invierno ,
17/04/2007 Le désert par E. Jabès
Ici la fin
Ici, la fin de la parole, du livre, du hasard.
Désert !
Jette ce dé. Il ne sert à rien.
Ici, la fin du jeu, de la ressemblance.
L’infini, par le truchement de ses lettres, nie la fin.
Ici, la fin ne peut être niée. Elle est infinie.
Ici n’est pas le lieu,
ni même la trace.
Ici est le sable.
Edmond Jabès, Le livre des ressemblances , L'imaginaire Gallimard.
14/04/2007
« Tous les chemins partent du corps et nous conduisent à lui. Le corps est chemin. »
Edmond Jabès, Le livre des ressemblances ,
Vous l'imaginez...
Vous l'imaginez, vous, "la France d'après" ?
Vraiment pas ?
13/04/2007 Extrait 2. Effet de miroir. 
Camino
« ¡ Qué de hojas han caído la noche pasada, Platero. Parece que los árboles han dado una vuelta y tienen la copa en el suelo y en el cielo las raíces, en un anhelo de sembrarse en él. Mira ese chopo : parece Lucía, la muchacha titiritera del circo, cuando, derramada la cabellera de fuego en la alfombra, levanta, unidas, sus finas piernas bellas, que alarga la malla gris.
Ahora, Platero, desde la desnudez de las ramas, los pájaros nos verán entre las hojas de oro, como nosotros los veíamos a ellos entre las jojas verdes, en la primavera. La canción suave que antes cantaron las hojas arriba, ¡ en qué seca oración arrastrada se ha tornado abajo !
¿ Ves el campo, Platero, todo lleno de hojas secas ? Cuando volvamos por aquí, el domingo que viene, no verás una sola. No sé dónde se mueren. Los pájaros, en su amor de la primavera, han debido decirles el secreto de ese morir bello y oculto, que no tendremos tú ni yo, Platero... »
Chemin
« Ah ! que de feuilles sont tombées cette nuit, Platero ! On dirait que les arbres ont pirouetté et qu’ils ont leur cime sur le sol et leurs racines dans le ciel, comme par une volonté irrésistible de s’y planter. Regarde ce peuplier, il ressemble à Lucie, l’équilibriste du cirque, quand, répandant sur le tapis sa chevelure de feu, elle dresse, jointes, ses belles jambes fines qu’allonge encore son maillot gris.
Maintenant, les oiseaux, Platero, depuis la nudité des branches, vont nous voir entre les feuilles d’or, comme nous les voyions, eux, parmi les feuilles vertes, au printemps. Cette chanson douce que les feuilles chantaient là-haut, quelle misérable prière est-elle devenue en bas !
Platero, vois-tu cette campagne toute remplie de feuilles mortes ? Quand nous reviendrons ici, dimanche prochain, tu n’en verras plus une seule. J’ignore où elles meurent. Les oiseaux, en leur amour du printemps, ont dû leur confier le secret de cette belle mort cachée, que toi et moi nous n’aurons pas, Platero… »
Juan Ramón Jiménez (1881-1958), Platero y yo (1907-1916), Traduction Claude Couffon.
12/04/2007 Les bonheurs
« Il est des bonheurs dont on se dit qu’il faut les préserver de l’oubli non pas parce qu’ils sont grands ou extraordinaires, mais parce qu’ils sont contagieux. On les note parce que tout d’abord on les a ressassés cent fois. Les remémorations qui engagent peu à peu notre volonté procurent une chaleur qui ne procède plus de leurs contenus. Insensiblement ils se sont narrés au fond de nous tout seuls. Une étrange cuisson les a perfectionnés. Nous nous disons en les examinant : « Comme les moments du passé étaient capables de communiquer leur énergie et leurs joies, quand nous les relirons, ils répéteront leur pouvoir. Alors, une fois que nous nous serons placés sur leur orbite, nous deviendrons plus heureux »
*
Avec chaque amour on change de passé
Avec chaque roman qu’on écrit ou qu’on lit on change de passé.
Voilà le passé.
Voilà ce qui détermine le passé par rapport au Jadis. On change de passé alros qu’on ne change pas de Jadis. Derrière le siècle, la nation, la communauté, la famille, la morphologie, le hasard ce qui conditionne, sans finir, conditionne. Matière, ciel, terre, vie, constituent sans périr.
*
Le passé est un nouvel organe qui résulte de la langue enseignée aux naissants. Associé à la page écrite, il entend un nouvel espace qu’on appelle Histoire. Le mot latin de pagina dit la demeure la plus vaste où l’âme puisse se mouvoir, voyager, comparer, revenir. C’est le pagus, le pays. La « page » est une extension de l’espace actuel (une démultiplication du milieu). C’est une nouvelle dépendance qui s’ajoute à l’espace interne situé à l’intérieur du crâne, à l’arrière des yeux. Une autre chambre. Une troisième chambre à l’arrière de l’œil gauche, juste à côté de la voix involontaire où chuchote, parle, sermonne, gronde, invoque la langue naturelle acquise naguère, à partir du regard de la mère. »
Pascal Guinard, Sur le jadis, Grasset.
11/04/2007 Quand l’obscurité tombait
« En cette période de Noël, les nuits n’étaient pas davantage supportables. Il faisait encore jour à sept heures du soir, le ciel restait orange jusqu’à huit heures, des vents brûlants traversaient alors les canyons et le désert. Quand l’obscurité tombait pour de bon, la nuit était noire et brûlante ; mais parfois d’étranges nuages blancs traversaient lentement le ciel avant de disparaître à l’aube. Tout était silencieux. Conduire sur la 110 à une ou deux heures du matin était très étrange. Aucune autre voiture ne circulait et si je m’arrêtais sur le bas-côté de la route, si j’éteignais la radio et baissais les vitres, j’entendais seulement le silence. Et ma propre respiration, rauque, desséchée, inégale. Mais je ne faisais pas ça longtemps, car je repérais bientôt mes yeux dans le rétroviseur, leurs orbites rougies, effrayées, je prenais peur et rentrais à la maison à toute vitesse.
Je sortais seulement en début de soirée. Je m’allongeais au bord de la piscine pour manger des esquimaux à la banane et lire le Herald Examiner, quand il y avait un peu d’ombre dans le jardin et que l’eau de la piscine était parfaitement calme, seulement parfois troublée par les grosses abeilles jaune et noir aux ailes énormes et les libellules noires qui fonçaient tête baissée dans l’eau, affolées par cette chaleur d’enfer.
Pendant Noël à Palm Springs, je restais nu au lit, et même avec le conditionneur d’air branché, l’air frais soufflant droit sur moi et un bol de glace posé à côté du lit, je ne parvenais pas à chasser la chaleur. Des visions de la ville traversée en voiture, l’impression de vents brûlants sur mes épaules, le spectacle des ondes de chaleur qui montaient du désert, tout cela me donnait chaud et je m’obligeais alors à me lever en pleine nuit, à descendre au bord de la piscine éclairée où j’essayais de fumer un joint la bouche sèche. Je m’obstinais pourtant dans l’espoir de trouver le sommeil. »
Bret Easton Ellis, Moins que zéro, traduction Brice Matthieussent
10/04/2007 Petit pan de mur jaune
« Une crise d’urémie assez légère était cause qu’on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit dans la « Vue de Delf » de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu’il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu’il ne se rappelait pas) était si bien peint qu’il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d’art chinoise, d’une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l’exposition.
Dés les premières marches qu’il eut à gravir il fut pris d’étourdissement. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l’impression de la sécheresse et de l’inutilité d’un art si factice qui ne valait pas les courants d’air et de soleil d’un palazzo de Venise ou d’une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. »
Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit pan de mur jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné le premier pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. »
Il se répétait : « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. » Cependant il s’abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était un jeu et, revenant à l’optimisme, se dit : « C’est une simple indigestion que m’ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n’est rien. » Un nouveau coup l’abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes les expériences spiristes pas plus que les dogmes religieux n’apportent la preuve que l’âme subsiste. Ce qu’on peut dire, c’est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d’obligations contractées dans une vie antérieure ; il n’y aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être plis, ni pour l’artiste athée, à ce qu’il se croit obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. Toutes les obligations, qui n’ont pas leur sanction dans la vie présente, semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être, d’y retourner revivre sous l’empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l’enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées –ces lois dont tout travail profond de l’intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement - et encore ! - pour les sots.
De sorte que l’idée que Bergotte n’était pas mort à jamais est sans invraisemblance.
On l’enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes éployées et semblaient, pour celui qui n’était plus, le symbole de la résurrection. »
Marcel Proust, La prisonnière.
06/04/200705/04/2007 Liberté
« La crainte des lieux communs
Me fait taire beaucoup de choses.
Dans mon coeur sont écrits
Bien des poèmes. Ces chants
Ensevelis, je les aime.
Unique, pure et neuve liberté
De la jeunesse devant le plaisir,
Douce ivresse des sens,
Je crains pour vos beautés divines
La souillure des lieux communs. »
Cavafy.
Coquelicots
« Vent qui souffle
sur les pétales diaphanes
incline le coquelicot. »
Sôseki
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Amapola
« ¡ Amapola, sangre de la tierra ;
amapola, herida del sol ;
amapola de mi corazón !
¡ Cómo ríes por la viña verde,
por el trigo, por la jara, por
la pradera del arroyo de oro ;
amapola de mi corazón !
¡ Novia alegre de los labios granas ;
mariposa de carmín en flor ;
amapola, gala de la vida ;
amapola de mi corazón ! »
J.R. Jiménez, Segunda antolojía poética (1922).
02/04/2007 Pour se donner courage 
« Nombreux sont les prodiges, et nul plus prodigieux que l’homme ; sa puissance franchit la mer blanchissante et, poussée par l’orageux vent du Sud, se fraye une route sous des houles qui menacent de l’engloutir ; et la Terre, des divinités, l’aînée, l’immortelle, l’infatigable, certes il la fatigue, retournant la glèbe à l’aide de la gent chevaline, dans le va-et-vient des charrues d’année en année.
Et la race au cœur léger des oiseaux, et les tribus des bêtes féroces, et la faune des profondeurs marines, il les prend dans les mailles des filets qu’il tisse, il les mène en captivité, lui, l’homme qui excelle en esprit. Et il maîtrise par ses artifices la bête dont le reparie est aux lieux sauvages, qui rôde par les collines ; il dompte le cheval à la crinière touffue, il lui passe au cou le collier, il dompte l’infatigable taureau des montagnes.
Et le langage, et la pensée rapide comme le vent, et toutes les humeurs qui modèlent un état, à lui-même il les a apprises ; et comment fuir les flèches du gel, lorsque sous le ciel clair il est dur d’habiter, et les flèches que darde la pluie ; en vérité il a des ressources pour tout ; sans ressource il n’affronte rien de ce qui doit venir ; c’est contre la mort seule qu’en vain il appelle au secours ; mais des maux déroutants, il a trouvé moyen de s’évader. »
Sophocle, Antigone.
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